|
 |
COMMUNIQUÉ
| |
Situation financière critique à la SAANB
MONCTON, le 26 mai 1998 — La Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick traverse une situation financière critique en raison d’un manque de financement pour sa programmation de base de la part du ministère du Patrimoine canadien.
Soumise à des coupes répétées depuis de nombreuses années, la SAANB a vu son budget passer de 675 462$ en 1990, à 396 000$ en 1998, soit une coupe nette de 41 %. Durant la même période, le personnel de la SAANB affecté au développement régional et à la programmation provinciale est passé de 12 à 5 employés en terme de personnes-année.
Dans les circonstances, la SAANB a de plus en plus de difficulté à poursuivre la mise en oeuvre de sa mission et annonce qu’elle fermera ses portes pour les mois de juillet et août prochains. Cette fermeture totale des portes de la SAANB est exceptionnelle puisqu’à l’ordinaire on pouvait maintenir une permanence minimum au siège social durant cette période. De même, la SAANB ne sera plus en mesure d’honorer financièrement le contrat de sa directrice générale et son départ sera effectif à compter du 12 juin 1998.
La communauté acadienne du Nouveau-Brunswick n’est pas en reste dans ce sombre tableau. Alors que les Acadiens représentent le quart de la population canadienne de langue française hors Québec, ils ne reçoivent que 9 pour 100 des ententes Canada-communautés pour le soutien aux organismes et institutions des communautés de langues officielles. Sur les 66,4 millions $ (66 449 977 $) versés au cours des quatre dernières années au Canada, l’Acadie du Nouveau-Brunswick a dû se contenter de 6,2 millions (6 215 000$), à la fois pour la programmation de base des organismes et le financement de projets. C’est donc tout le monde associatif acadien qui est touché par l’hémorragie financière sur laquelle le ministère du Patrimoine canadien ferme les yeux.
En 1995, dans un contexte économique national difficile, les organismes acadiens ont conclu une entente de cinq ans avec Patrimoine canadien. L’écart qui prévaut entre les besoins pour la programmation de base des organismes et le financement disponible va du simple au double. Au cours des deux dernières
années, les demandes de trente organismes ont été chaque fois sabrées d’un million de dollars. En 1997, les organismes ont demandé au total plus de 2,1 millions $ (2 106 740 $) pour la programmation de base et n’ont reçu que 1, 2 million (1 214 576 $). Cette année, les organismes ont déposé des demandes
totalisant 2,3 millions $ (2 301 221$) et seul un montant de 1,2 million $ (1 284 300 $) a été versé par Patrimoine canadien.
En plus de la programmation, les organismes sont invités à élaborer des projets afin de mettre en oeuvre les grandes priorités de la communauté. Mais là encore, les fonds disponibles sont largement insuffisants. L’an dernier, les organismes ont déposé des demandes totalisant 670 565 $ et ils ont dû se contenter d’un peu plus du tiers, soit 236 127 $. Ce n’est donc pas par manque d’initiative que la communauté acadienne assiste à l’appauvrissement chronique du
financement de ses organismes.
À elle seule, cette année, lors de la première des deux rondes de concours pour les projets, la SAANB a développé trois initiatives susceptibles de créer ou de maintenir 36 semaines de travail. Mais aucun de ces projets n’a pu être développé, faute d’appui financier dans le cadre de l’Entente. La SAANB estime que ce ne sont pas les critères de sélection qui posent problème, mais bien les montants disponibles, car l’Acadie du Nouveau-Brunswick ne reçoit pas sa juste part des ententes Canada-communautés.
À l’aube d’une nouvelle ronde de négociations pour le renouvellement de l’entente Canada-Acadie du N.-B., la SAANB réclame un virage. Dans l’immédiat, la Société réclame que son financement de base soit ramené à ce qu’il était en 1990 afin de rencontrer ses besoins pressants. Elle estime également impératif que l’Entente soit bonifiée afin de rencontrer les besoins des organismes tel que démontré par les demandes de financement présentées.
Bien sûr, le ministère du Patrimoine canadien avancera que les communautés reçoivent des fonds dans le cadre des Ententes en fonction de leurs besoins et que l’Acadie est déjà très avancée. Mais s’agit-il d’un motif valable pour priver l’Acadie de son potentiel de progrès et l’empêcher d’assurer son
développement?
En dépit de la perception du ministère du Patrimoine canadien, la diminution chronique des finances de base de la SAANB survient alors que la communauté acadienne sollicite de plus en plus la Société. La SAANB est intervenue récemment dans la réforme en éducation, le financement des études postsecondaires, le découpage de la carte électorale fédérale, les services de santé, la promotion du français dans l’affichage, le développement économique des régions
acadiennes, l’exode des jeunes, la câblodistribution en français, le Sommet de la Francophonie en Acadie, etc. Les seize conseils de section de la SAANB
réclament toujours plus de disponibilité de la part de la SAANB qui ne peut offrir qu’un nombre d’employés coupé de moitié sur dix ans. Chaque jour, la SAANB reçoit d’innombrables demandes d’information sur la situation et les besoins de l’Acadie. Une communauté veut par exemple préparer une argumentation pour obtenir de meilleurs services gouvernementaux et demande à la SAANB de lui fournir des données comparatives sur sa situation démographique et socio-économique avec le reste de la province. Mais en raison de coupures budgétaires répétées, la SAANB n’est pratiquement plus en mesure de maintenir à jour son centre de documentation et de répondre à la demande.
Au fil des ans pourtant, la SAANB a tenté de diversifier son financement. En 1996, elle a lancé une campagne de financement auprès des entreprises et personnes. Il s’agissait d’une première initiative de cette envergure auprès des entreprises et de la population en général. Or, les experts en sollicitation avaient indiqué que le succès d’une telle campagne repose en grande partie sur l’obtention d’un numéro de charité afin de permettre aux donateurs de déclarer leur contribution à l’impôt. Mais en dépit de demandes répétées et laborieuses pour un numéro de charité et alors même qu’il coupait avec acharnement dans le budget de la SAANB, le gouvernement fédéral a toujours refusé d’octroyer un numéro de charité à la Société. La SAANB estime donc que les bénévoles de la Campagne de l’Avenir peuvent se flatter d’avoir signer une belle réussite en recueillant près des deux tiers de l’objectif d’un million de dollars. Notons cependant que ces fonds sont placés en fiducie jusqu’à l’obtention du million de dollars et que seuls les intérêts produits pourront par la suite être touchés.
La situation difficile que connaît la SAANB témoigne avec éloquence du désengagement du fédéral que dénonce avec vigueur le Commissaire aux langues officielles du Canada. La SAANB sait que son cas n’est pas unique et que le fédéral a pourtant les moyens de corriger la situation s’il a la volonté et le courage nécessaires pour affirmer l’importance de la francophonie au pays.

|
|