Plan du site Recherche Accueil SAANB

Quoi de neuf?
À propos de la SAANB
Références  
 >Allocutions, mémoires et
  études

 >Données démographiques
 >Lois
 >Réalisations de la SAANB
 >Réalités historiques
  acadiennes

 >Rapport annuel
Parfum de francophonie
Fonds de l'Avenir
Pour nous joindre
Forum de concertation
Campagne de recrutement
Les régions
ALLOCUTIONS


 

Penser, l'Acadie comme société civile
(suite)

Je commencerai, d'ailleurs, cette discussion par un regard extérieur, théorique, fort éloigné a priori de l'actualité politique acadienne. J'ai intitulé, en effet, ma communication « Penser l'Acadie comme société civile ». Je dois donc quelques explications sur ce que j'entends par société civile avant d'en faire un outil susceptible de nous guider dans la forêt acadienne. Je le ferai rapidement en empruntant une définition à Diderot dans l'Encyclopédie qu'il dirigea en plein milieu du XVIIe siècle (ceci ne nous rapproche pas, comme on le voit, de l'actualité politique en Acadie).

« La société civile [disait Diderot] s'entend du corps politique que les hommes d'un même état, d'une même ville ou d'un autre lieu, forment ensemble et des liens politiques qui les attachent les uns aux autres ; c'est le commerce civil du monde... ». Définie ainsi, la société civile, c'est le corps politique qui surgit du fait que les hommes (et les femmes, dirions-nous aujourd'hui) entretiennent un commerce civil entre eux, c'est-à-dire tissent des liens qui les attachent les uns aux autres.

La société civile est un corps politique de double façons. D'une part, les liens qui fondent la société civile sont des liens civils, c'est-à-dire des liens qui résultent de la libre volonté des individus. A l'époque où Diderot écrivait, on excluait, par exemple, de la société civile les liens familiaux ou religieux, car ceux-ci n'étaient pas volontaires : il était impossible, croyait-on alors, de choisir sa famille ou sa religion. La société civile repose sur des choix et des associations qui dépendent de la volonté des individus ; elle est formée d'une myriade de regroupements politiques par opposition à des regroupements qui seraient naturels.

Le deuxième sens par lequel la société civile est politique est le fait qu'à partir de cette multitude de liens et d'associations tissés entre les individus se constituent un corps politique. Une société civile, c'est une réalité capable d'agir collectivement (politiquement), qui possède une personnalité qui façonne un monde. La société civile comme réalité politique est toutefois à distinguer de l'État et du gouvernement. C'est un lieu, dirions-nous aujourd'hui, de gouvernance et de non de gouvernement. Par cela, on entend que la société civile produit de l'influence à travers une opinion publique, définit des orientations à travers ses associations, mais elle n'est pas construite comme une institution politique ; elle n'est pas un lieu de gouvernement. C'est pourquoi, d'ailleurs, les sociétés civiles ne recoupent pas (ou pas toujours) les frontières des entités politiques ; elles sont des êtres flous aux contours variables, mouvants. Leur espace est défini par les liens et les associations réels que tissent entre eux les hommes et les femmes, et non par l'adhésion à un même gouvernement. (suite)


Menu mémoires Haut