| |
L'avenir politique et économique de l'Acadie
du Nouveau-Brunswick
Troisième partie
Le point de vue de la population
Synthèse des résultats
Hubert Cyr Denis Duval André Leclerc
Assemblée générale annuelle Société des Acadiens et Acadiennes
du Nouveau-Brunswick
le samedi 3 juin 1995
Introduction
Comment les Acadiens et les Acadiennes évaluent-ils leur situation
linguistique et économique ? Sont-ils satisfaits des services
offerts en français par le gouvernement provincial et par
les efforts de ce dernier au niveau du développement économique,
de la promotion de le langue française et de l'intégration
des francophones dans la fonction publique provinciale ? Sur
le plan politique, trouvent-ils que les institutions actuelles
répondent bien à leurs attentes ? Comment perçoivent-ils l'avenir
du fait français au Nouveau-Brunswick dans ses dimensions
linguistiques, politiques, administratives et économiques
?
C'est sur l'ensemble de ces thèmes que nous voulions interroger
les Acadiens et les Acadiennes du Nouveau-Brunswick dans le
but de saisir leur perception de la réalité actuelle et des
tendances futures. Plusieurs transformations importantes influenceront
ces tendances et pour les communautés acadiennes, le degré
de contrôle sur ces phénomènes est relativement faible. Il
s'agit d'abord de la réforme administrative du gouvernement
McKenna qui modifie sensiblement l'identification traditionnelle
de la région. On le constate par exemple par le désintéressement
des électeurs à l'égard des élections scolaires lors du dernier
scrutin. Les deux autres projets impliquent des changements
institutionnels beaucoup plus importants. Il s'agit de l'Union
des provinces maritimes et de l'indépendance du Québec. Plusieurs
analystes croient que le programme d'intégration économique
des provinces maritimes conduira tôt ou tard à l'intégration
politique. Pour les Acadiens et les Acadiennes du Nouveau-Brunswick,
la création d'une province maritime implique une diminution
importante du poids démographique et politique.
L'indépendance du Québec est l'autre projet qui pourrait avoir
un impact majeur sur les communautés acadiennes du Nouveau-Brunswick.
Un Canada sans le Québec conduirait encore une fois à une
diminution importante du poids démographique et politique
des communautés acadiennes et francophones.
Du côté des structures économiques, deux changements fondamentaux
sont en train de s'opérer. Il s'agit de l'intégration économique
à l'échelle continentale et du désengagement de l'État. Les
politiques fédérales de soutien du revenu, de péréquation,
de programmes à frais partagés et d'aide au développement
régional ont eu une grande influence sur le développement
économique des régions acadiennes du Nouveau- Brunswick. Les
difficultés financières du gouvernement fédéral conduiront
à une baisse des dépenses fédérales dans cette province. Cette
situation pourrait ralentir la croissance économique dans
les régions acadiennes.
Enfin sur le plan linguistique, la première phase de la recherche
nous a permis de montrer que depuis 1986 le taux d'assimilation
avait augmenté. De plus, la bonne performance économique de
la région de Moncton fait en sorte que le Sud-Est est devenu
la région où le taux de croissance économique est le plus
élevé. C'est cependant dans cette région que le taux d'assimilation
est le plus fort ce qui augure mal pour les francophones du
Nouveau-Brunswick. L'autre grand changement sur le plan linguistique
s'est opéré au niveau de la politique linguistique du gouvernement
provincial. Nous avons vu, dans la première phase de l'étude,
que le gouvernement Hatfield avait mis en place une politique
dont l'objectif était une représentation équitable des francophones
dans la fonction publique provinciale. La commission de la
fonction publique avait le mandat de voir à ce que cet objectif
soit considéré lorsque le gouvernement embauchait de nouveaux
fonctionnaires. Chaque année, le dépôt du rapport sur le profil
linguistique de la fonction publique permettait aux groupes
de pression acadiens de vérifier les progrès réalisés en ce
domaine et de manifester publiquement leur mécontentement
sur la base d'informations précises et crédibles.
Une première étape dans le démantèlement de ce précieux mécanisme
de contrôle s'est réalisée par le retrait de la responsabilité
des embauches à la commission de la fonction publique comme
la première phase de l'étude l'a montrée. La seconde étape
s'est opérée avec l'adoption de la nouvelle politique linguistique
par le gouvernement McKenna. Cette politique fondée sur les
équipes de travail oblige l'état provincial à fournir à la
population son évaluation de la capacité de chacune de ces
équipes à offrir des services dans les deux langues officielles
de la province. Il est désormais impossible, sans recourir
à une enquête indépendante, de connaître la place occupée
par les Acadiens dans la fonction publique provinciale, encore
moins selon les différents ministères et les différentes occupations.
On pourrait même affirmer que cette politique risque, dans
le cadre de plusieurs équipes de travail, de rendre les fonctionnaires
acadiens responsables de la communication avec la population
ce qui les éloignera des postes de planification.
C'est dans ce contexte que la deuxième phase a été pensée
afin d'explorer différentes options de développement politique,
administratif et économique qui respecteraient certains paramètres
du cadre politique actuel et qui permettraient, grâce à une
plus grande autonomie, l'épanouissement des communautés acadiennes
dans le respect de leurs traditions culturelles. Les paramètres
du cadre politique actuel qui ont servi de contexte général
sont : maintien du fédéralisme canadien, maintien des frontières
du Nouveau-Brunswick (exclusion des projets de création d'une
province acadienne et d'annexion des régions acadiennes au
Québec) et reconnaissance du droit de la majorité des citoyens
de Maritimes de s'unir en une seule province (projet d'union
des Maritimes). Sur les plans politique et administratif,
ces hypothèses de travail nous ont permis d'élaborer un modèle
général des options ouvertes aux Acadiens et Acadiennes du
Nouveau- Brunswick. L'ensemble de ces options peuvent s'appliquer
aussi bien à la province du Nouveau-Brunswick qu'à une future
province maritime. Elles sont résumées dans le diagramme de
la page suivante. Au niveau politique d'abord, les analystes
de la scène politique acadienne ont, entre les deux pôles
que pourraient constitué le statu quo et la province acadienne,
surtout concentré leurs réflexions sur trois projets : la
représentation linguistique, le modèle communautaire et le
fédéralisme linguistique. La première option s'intéresse à
la carte électorale et à la langue maternelle des candidats.
Dans certaines circonscriptions, les Acadiens et les Acadiennes
doivent voter pour un candidat de langue maternelle anglaise
et unilingue. Pour éviter cette situation, certains proposent
la mise en place, comme dans le domaine scolaire, d'une double
carte électorale construite sur une base linguistique. Ainsi,
sur un même territoire, il y aurait toujours des candidats
francophones pour les électeurs francophones et des candidats
anglophones pour les électeurs anglophones. Chaque électeur
serait alors représenté par un député de sa langue maternelle.
Évidemment, le découpage territorial ne serait pas le même
puisque la distribution spatiale de la population n'est pas
la même.
Les deux autres options politiques sont issues du modèle belge.
Dans le premier cas, le modèle communautaire, deux nouvelles
assemblées s'ajouteraient à l'assemblée législative provinciale.
Ces assemblées regrouperaient les députés selon leur appartenance
linguistique et s'occuperaient de responsabilités transférées
par l'assemblée provinciale. C'est en quelque sorte un pouvoir
délégué. En Belgique, ces responsabilités étaient relativement
importantes et correspondent aux grands domaines suggérés
par les analystes de la politique acadienne : éducation, affaires
culturelles et municipales, santé, développement économique
et tourisme. Dans ce contexte, le pouvoir réglementaire attribué
aux assemblées communautaires est exercé par des décrets ayant
force de loi. Par définition, ces décrets sont issus des membres
de l'exécutif siégeant dans les assemblées communautaires.
En Belgique, depuis la signature des accords de la Saint-Michel,
le système communautaire a été remplacé par un véritable système
fédéral. Ainsi, alors que dans le système communautaire les
députés siégeaient à deux assemblées, l'assemblée nationale
et l'assemblée communautaire, dans le système fédéral, il
y a élection de députés fédéraux et de députés pour les assemblées
flamande et wallonne. Le double mandat du député n'existe
donc plus. La répartition des pouvoirs est déterminée par
la constitution et peut être modifiée en amendant la constitution.
La délégation des pouvoirs est ainsi éliminée. On se retrouve
dans un système semblable au système canadien. Au niveau provincial
aussi le pouvoir des assemblées communautaires pourrait, comme
en Belgique, être établi dans une constitution provinciale.
Ainsi, le fédéralisme linguistique est une option politique
a testé.
En ce qui a trait à la structure de la fonction publique provinciale,
deux thèmes ressortent des travaux des analystes de cette
question. Selon eux les options qui répondraient le mieux
aux attentes des Acadiens et des Acadiennes du Nouveau-Brunswick
sont la décentralisation sans pouvoir de taxation et la dualité
dans la fonction publique centrale, c'est-à-dire présente
dans la capitale. Le modèle de décentralisation jugé le plus
intéressant est celui fondé sur le concept de régions administratives.
Puisque l'ensemble des ministères partagerait les mêmes frontières
administratives, il serait alors possible de penser à une
structure de gestion régionale plus autonome et supervisée
par des administrateurs élus comme dans le cas des commissions
scolaires. Quant à la dualité, les résultats obtenus grâce
à la dualité au ministère de l'Éducation font croire aux analystes
que c'est, pour l'administration centrale, la meilleure façon
d'assurer une représentation équitable des francophones à
tous les niveaux administratifs et d'intégrer leurs préoccupations
dans le processus décisionnel.
Sur le plan économique, nous avons aussi élaboré un modèle
général des options stratégiques qui s'offrent aux communautés
acadiennes. (Voir le diagramme de la page suivante.) Deux
paramètres sont utilisés dans l'élaboration de ce modèle.
Premièrement, les acteurs d'avenir, c'est-à-dire les organisations
qui pourraient s'imposer comme leader dans le développement
économique des régions acadiennes de la province. Ces acteurs
peuvent se regrouper en trois catégories : les gouvernements
supérieurs (fédéral et provincial), la communauté d'affaires
et secteur de l'économie sociale (coopératives, municipalités,
mutuelles, associations et la population locale). Le second
paramètre est l'orientation générale de la stratégie de développement.
On sait que la stratégie du gouvernement McKenna consiste
à spécialiser les régions autour du concept de «grappes industrielles».
Cette approche conduit à la concentration de la croissance
de l'emploi dans les régions auxquelles on a attribué les
grappes les plus dynamiques. C'est d'ailleurs ce que reconnaissait
le gouvernement dans le dernier discours du trône. D'autres
croient plutôt que c'est par la diversification de la base
économique que nous pourrons mettre en place une programme
soutenu de développement et de création d'emplois.
L'objectif principal de cette deuxième phase était d'analyser
les implications de ces différentes options pour les communautés
acadiennes et de tester, à l'aide d'un sondage scientifique,
la perception de la population. Le présent document présente
une synthèse des résultats de l'enquête. Il est structuré
en deux sections. Nous présentons d'abord la structure du
questionnaire et la méthodologique de l'enquête. Viennent
ensuite les quatre blocs de résultats : situation linguistique,
institutions politiques, structures administratives et développement
économique. (suite - Questionnaire
et méthodologie de l'enquête)
|