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Secrétariat du renouvellement de la politique
sociale (suite)
2. Nouvelles tendances en matière de sécurité sociale
10. Aucun gouvernement n'échappe à la tendance de lorgner
vers le néo-libéralisme, une nouvelle idéologie qui se fie
aux forces du marché pour assurer la répartition des ressources
et des pouvoirs. En préconisant de limiter le rôle de l'État,
les gouvernements véhiculent la liberté individuelle, le civisme,
l'entraide et la solidarité naturelle comme valeurs sociales
fondamentales (1). Il y a là un postulat au départ que la
majorité des citoyens peuvent accéder à l'auto-suffisance,
pourtant ce nest pas le cas en raison des capacités
individuelles qui diffèrent d'une personne à l'autre. C'est
ainsi que bien des citoyens se trouvent laissés pour compte.
11. Selon l'optique mise de l'avant par les mouvements de
droite, les communautés disposent de toutes sortes de ressources
et avec un peu de créativité et d'investissements sociaux,
les citoyens peuvent très bien se passer de l'aide gouvernementale
et s'occuper des besoins sociaux de leurs concitoyens. Les
citoyens n'ont qu'à se tourner vers les leaders et les réseaux
naturels dans leur communauté, plutôt que vers le gouvernement,
pour avoir l'aide dont ils ont besoin.
12. Ainsi, plutôt que de venir en aide aux communautés, on
leur attribue de nouvelles responsabilités sans leur donner
plus de moyens pour autant. La réduction de la pauvreté leur
est présentée comme un défi à relever, alors qu'en réalité,
il s'agit d'une tâche écrasante qui devrait être assumée par
le gouvernement.
13. On préconise aussi que les citoyens utilisent leurs avoirs
pour se bâtir du capital social, se créent leur propres emplois
et assurent leur propre développement socioéconomique.
Dans un tel contexte, il ne reste à l'État qu'à s'assurer
que les investissements sociaux soient faits équitablement,
un bien petit rôle à comparer à celui qu'il avait jadis.
14. Cette forme de sécurité sociale tient plus de l'utopie
que de la réalité, compte tenu des problèmes sociaux que l'on
connaît actuellement dans notre province. Nous n'avons qu'à
penser au sort qu'on réserve à des milliers de femmes qui
sont réduites à nettoyer les fossés ou à faire d'autre travail
semblable, à des taux horaires de $6 $ ou 7 $ l'heure, uniquement
pour conserver leur droit au programme d'aide au revenu.
Effets de la dévolution des pouvoirs
15. L'entente de libre-échange, la dévolution des pouvoirs,
la privatisation et l'union sociale sont autant d'initiatives
qui ont affaibli le filet de sécurité sociale au cours des
dernières années.
16. La dévolution des pouvoirs du fédéral au provincial, au
niveau du financement des programmes sociaux, a eu un impact
très négatif. Nous notons que c'est dans ce secteur que les
services ont été le plus abolis ou privatisés au cours des
dernières années. En fait, ce secteur se rétrécit continuellement.
Il y a moins de fonds en général pour des programmes, alors
même quaugmente la demande de services, surtout pour
les enfants et les familles.
17. La dévolution consiste à financer des programmes en bloc
avec un financement réduit et à recourir à des achats de services
de façon à amener des organismes (avec ou sans but lucratif)
à dispenser les services. Avec la dévolution, la gestion du
secteur social est devenue plus rigide. Le gouvernement ne
finance directement que les programmes qui conduisent aux
changements de comportement qu'il souhaite, alors que tous
les autres services sont privatisés.
18. La dévolution a engendré des coupures et des restructurations.
On y voit des ententes de services conjointes, des services
donnés à contrat, la formation d'équipes de travail, etc.
Il devient très difficile pour les citoyens de se retrouver
dans les dédales de la bureaucratie.
19. La dévolution a également eu des effets sur les postes
et la rémunération. Le gouvernement a tendance à reclasser
les postes vers la baisse et à réduire les salaires et les
compétences nécessaires. Parce qu'il y a dans tous les domaines
un surplus de nouvelles recrues qui cherchent à être embauchées
et qui demandent moins de salaires, il en résulte un surplus
de main-d'uvre qualifiée et moins de postes pour ceux
qui détiennent une maîtrise, et une faible rémunération pour
ceux-ci.(2).
20. En somme, ce sont les personnes qui dépendent des programmes
sociaux qui subissent le plus les effets de la dévolution,
car ce sont elles qui dépendent des mesures de sécurité sociale
pour maintenir un certain niveau de revenu, lorsqu'elles font
face aux divers risques sociaux.
Union sociale
21. Nous craignons les ententes bilatérales que le gouvernement
provincial pourrait conclure avec le gouvernement fédéral,
comme le projet d'union sociale par exemple, qui donnerait
le plein pouvoir à la province d'adopter des programmes sociaux
selon les besoins des citoyens. De telles mesures pourraient
avoir pour effet de diminuer la protection des droits sociaux
des citoyens et de mettre encore plus en péril le filet de
sécurité social actuel.
22. L'union sociale met en cause tous les programmes sociaux
et prévoit des arrangements selon lesquels la province s'occuperait
de certains programmes, alors que le fédéral s'occuperait
des autres, les deux paliers de gouvernement se partageant
ainsi le filet de sécurité sociale (7).
23. Le secteur social a toujours été le bouc émissaire par
excellence au niveau des coupures, car il est destiné à desservir
une clientèle vulnérable, démunie financièrement, souvent
affaiblie, et qui a de la difficulté à s'organiser et à revendiquer.
Cette clientèle devient donc une proie facile pour les gouvernements.
C'est pourquoi, nous craignons que dans la foulée des nouvelles
ententes fédérales-provinciales, où on viserait à adopter
un régime minceur, ce soit le secteur social qui écope le
plus.
Le partenariat
24. Tout comme la solidarité naturelle, le partenariat, qui
est bien en soi, a été malheureusement galvaudé au cours des
dernières années. Le partenariat fait appel à des ententes
de collaboration; il exige que les partenaires mettent leurs
ressources en commun pour atteindre des objectifs sur lesquels
ils s'entendent; il exige aussi que le rôle de chacun soit
bien défini.
25. Le gouvernement s'intéresse au partenariat parce qu'il
soutient qu'il ne doit pas être le seul à procurer des services
et que le secteur privé et les groupes communautaires doivent
être solidaires avec lui dans la recherche de solutions. Il
croit que les programmes sociaux doivent être assujettis aux
capacités fiscales de l'État et que les trois secteurs - public,
privé et communautaire - doivent travailler collégialement.
Il a aussi tendance à légiférer de moins en moins la protection
sociale.
26. La raison principale pour laquelle nous nous opposons
à ce genre d'initiative, c'est que le gouvernement est le
seul qui puisse légiférer en matière de protection sociale
et il ne peut déléguer son rôle de dispensateur de services
à des organismes basés dans la communauté. Il y a aussi le
fait qu'il faut un secteur privé fort pour soutenir les programmes
sociaux et que si le secteur est faible, comme c'est le cas
dans plusieurs régions francophones de la province, il n'y
aura pas d'argent pour financer les programmes sociaux.
Retour au gouvernement provincial
27. Les nouvelles orientations politiques et fiscales portent
un dur coup au gouvernement provincial. Les programmes sociaux
sont en train d'être restructurés de fond en comble. On voit,
par exemple, le travail ou la formation devenir une condition
pour recevoir l'aide au revenu et l'assurance-chômage, qui
n'assure plus le maintien d'une sécurité du revenu en période
de chômage. En général, le gouvernement met plus l'accent
sur la réduction de la dette que sur l'assurance de conditions
de vie
28. Il est vrai que d'autres changements, tels que le mode
de vie des familles, l'accroissement de la migration, les
taux de chômage élevés et la présence accrue des femmes sur
le marché du travail ont également affecté les programmes
sociaux (3), mais nous attribuons la plupart des changements
à des décisions de nature politique.
29. À notre avis, le gouvernement provincial demeure le seul
moyen de garantir à tous les citoyens un minimum vital lorsqu'ils
font face à des risques sociaux.
(suite - 3. Revendications traditionnelles de la SAANB)
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