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Mémoire de la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick au CRTC (Suite)


Si rien n'est fait pour permettre à l'Acadie et à l'ensemble des communautés de langue française du Canada d'avoir accès à des services de radiodiffusion diversifiés et de qualité, capables de rivaliser avec la multitude de services que nous recevons actuellement du Canada anglais et plus particulièrement des États-Unis, la bataille que nous menons aujourd'hui pour assurer la survie d'une vie en français en Amérique du Nord est futile.

Au Nouveau-Brunswick, où la communauté acadienne représente pourtant près du tiers de la population, chaque bataille que nous livrons pour avoir droit à des services de qualité fait l'objet de tractations de toutes sortes. Il en va ainsi des pétitions et des requêtes faites dans plusieurs de nos communautés pour, par exemple, avoir droit au signal de la chaîne culturelle de Radio-Canada. Deux de nos communautés, soit celles de la capitale provinciale et du Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick, tentent actuellement par tous les moyens de convaincre la Société Radio-Canada de leur offrir la chaîne culturelle, actuellement disponible dans le Nord-Est et le Sud-Est du Nouveau-Brunswick, mais pour l'instant des préoccupations financières empêchent le réseau national d'acquiescer à leur demande. C'est inacceptable !

Un autre exemple inquiétant de recul que subit la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick est l'augmentation sans précédent, partout dans nos communautés, des antennes paraboliques donnant à des milliers de foyers acadiens un accès à des dizaines de chaînes de télévision, majoritairement de langue anglaise. Actuellement, il est même impossible pour les abonnés de ces entreprises de services de télévision par satellite d'avoir accès au signal de la station régionale de Radio-Canada, à Moncton, et à celui de TVA, en provenance de CHAU-TV de Carleton. Les seuls signaux disponibles, pour ce qui est de Radio-Canada, sont ceux en provenance de Montréal, Ottawa et Vancouver. Un tel état de chose ne fait qu'amplifier le constat actuel qu'il est pratiquement impossible pour un Acadien ou une Acadienne de se voir au petit écran. Étant branché sur Montréal, Ottawa ou Vancouver, il perd le seul créneau qui lui était réservé, à savoir celui du bulletin d'information régionale de 18 heures. Pourtant les signaux régionaux de CBC sont disponibles, ce qui laisse le choix de se " montréaliser " ou de s'angliciser, si nous voulons des nouvelles régionales.

Nous déplorons aussi le fait que l'Atlantique en direct, diffusée par RDI de 11 h à 12 h 30, est souvent interrompue par des bulletins spéciaux qui concernent surtout la communauté québécoise. On pourrait peut-être attendre pour passer des bulletins spéciaux durant l'émission réservée au Québec, à 12 h 30.

Pour ce qui est des propositions que nous vous présentons aujourd'hui, il est important de vous préciser qu'elles s'inscrivent dans la foulée des multiples interventions faites par la communauté acadienne auprès de la Société Radio-Canada et du gouvernement fédéral, pour permettre à la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick d'avoir droit à ce qu'elle était en droit de s'attendre.

La première proposition que nous vous soumettons touche l'établissement d'une télévision publique nationale dédiée complètement aux communautés minoritaires acadienne et francophones du Canada. Nous estimons que la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick est prête à participer et à s'engager dans la réalisation d'un tel projet.

Complémentaire à la première chaîne de la Société Radio-Canada et au Réseau de l'information, la télévision des francophonies canadiennes deviendrait très rapidement un outil privilégié de développement et de valorisation de l'ensemble des communautés acadienne et francophones du pays, à l'instar des radios communautaires. Il y a, dans la création de la Télévision des francophonies canadiennes, la mise au monde d'un outil indispensable. Parmi les autres propositions que nous apportons à votre attention, il y a :

Que le CRTC légifère les services qu'offrent actuellement les entreprises de distribution de télévision numérique par satellite. Le CRTC se doit d'exiger de ces nouvelles entreprises qu'elles offrent à leurs abonnés le service de la station régionale de la Société Radio-Canada, ainsi que celle de TVA. Que le CRTC s'assure que l'ensemble des chaînes de télévisions canadiennes soient offertes en priorité par les distributeurs de services de télévision sur le territoire canadien. Une telle mesure assurerait à l'ensemble des communautés francophones et anglophones vivant en milieu minoritaire, les mêmes services que reçoivent actuellement les francophones au Québec et les anglophones dans le reste du pays. De plus, pour les communautés francophones vivant en milieu minoritaire, il faudrait que le CRTC s'assure que l'ensemble des chaînes de langue française disponible au Québec, le soit également dans nos communautés.

Que les chaînes RDI, Radio-Canada, TVA, TV5 Québec/Canada, RDS et TFO ainsi que la future Télé des Arts soient offertes dans le service de base de l'ensemble des distributeurs de chaînes de télévision du Canada.

Que les chaînes RDI, Radio-Canada, TVA, TV5 Québec/Canada, RDS et TFO ainsi que la future Télé des Arts soient regroupées dans les trente (30) premières chaînes offertes par les distributeurs de chaînes de télévision du Canada.

Que 25 % du contenu présenté sur les chaînes nationales émane des maisons de productions établies dans les communautés francophones et acadienne du Canada en situation minoritaire.

Qu'au moins 50 % des productions régionales diffusées sur les chaînes nationales soient présentées dans le créneau des heures de grande écoute.

Que les productions émanant de nos communautés rendent compte de la diversité régionale du pays et qu'elles contribuent activement à l'expression culturelle des communautés francophones et acadienne en situation minoritaire au pays auprès des autres Canadiens et Canadiennes de langue française et de langue anglaise.

Que les productions régionales contribuent au partage d'une conscience et d'une identité nationales et permettent la mise en valeur des communautés artistiques vivant en milieu minoritaire.

Que les chaînes nationales de télévision s'engagent à investir au minimum 25 % de leur budget annuel de production en région.

Que le CRTC se dote d'un mécanisme d'évaluation des contenus des chaînes canadiennes pour s'assurer qu'elles respectent leurs promesses de réalisation en matière de reflet de la diversité.

Que le CRTC force les distributeurs de services de télévision sur le territoire canadien à se doter d'une chaîne communautaire et y engage les fonds nécessaires pour offrir un produit de qualité à leurs clients des communautés francophones et acadienne.

Au niveau de la radio, nos propositions ont pour but de favoriser un développement plus important de l'espace radiophonique dans nos communautés. Afin d'y arriver, nous vous proposons les mesures suivantes :

Que le CRTC établisse un plan d'action de dix ans avec l'Alliance des radios communautaires du Canada favorisant la mise en place de radios communautaires dans l'ensemble des communautés acadiennes et francophones du pays, et ce afin de répondre à l'ensemble des besoins exprimés par ces communautés en matière de production radiophonique.

Que les chaînes Radio-Canada et Radio-Canada FM soient disponibles pour l'ensemble des communautés francophones et acadienne minoritaires du pays, notamment en priorité, dans notre capitale provinciale et dans le Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick.

Que les chaînes Radio-Canada et Radio-Canada FM aient au minimum 25 % de contenu régional.

Que l'ensemble des chaînes privées canadiennes soit tenu de présenter au minimum 50 % de contenu canadien au niveau du contenu musical et au minimum 75 % de contenu canadien au niveau du contenu verbal.

Il y a, à notre avis, dans la série de propositions que nous venons de vous exposer des solutions aux défis qui attendent le CRTC dans le cadre de la présente consultation. En négliger l'importance serait nier l'existence même d'une communauté canadienne de langue française à l'extérieur du Québec et renforcirait une fois de plus le mythe d'un Canada anglais et d'un Québec français pour définir le pays dans lequel nous vivons. En d'autres mots, ce serait s'éloigner de l'esprit et de la lettre de la Loi canadienne des langues officielles.

Oui le défi est de taille, oui les obstacles seront nombreux. Nous sommes par contre convaincus que le CRTC n'a pas le droit de rater son rendez-vous avec l'histoire. Lorsque plus personne ne parlera français dans ce pays, il sera trop tard et nous serons alors tous des américains et, collectivement, nous perdrons l'avantage de cette valeur ajoutée qu'est le bilinguisme pour un pays.

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