Mémoire de la Société
des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick au CRTC
Dieppe, le 10 octobre 2000
Objet: Observations de la Société des Acadiens
et Acadiennes du Nouveau-Brunswick transmises au Conseil de
la radiodiffusion et des télécommunications
canadiennes (CRTC), relatives aux avis publics CRTC 2000-74,
2000-74-1 et 2000-38
Madame la présidente, Mesdames, Messieurs
les commissionnaires,
La Société des Acadiens et Acadiennes
du Nouveau-Brunswick (SAANB) remercie le Conseil de la radiodiffusion
et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour l'organisation
de cette consultation sur les services de radiodiffusion de
langue française accessibles à l'Acadie du Nouveau-Brunswick.
Le visage de la radiodiffusion change
continuellement dans cette ère technologique et nous devons
apprendre à vivre avec la télévision numérique, la télévision
payante, la radiodiffusion directe par satellite, etc., de
nouveaux moyens qui se développent à un rythme effarant. Par
ailleurs, si ces nouvelles technologies améliorent la transmission
et la portée de diffusion des différents canaux, elle n'améliore
pas pour autant la radiodiffusion en français (radio et télé)
dans toutes nos communautés.
D'entrée de jeu, permettez-moi de vous
relater deux événements qui illustrent bien l'importance qu'accorde
la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick au dossier des
communications et, par surcroît, à la présente consultation,
et ce pour que vous puissiez comprendre la nature même de
nos revendications.
Le 5 décembre 1990, la Société Radio-Canada
annonçait à la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick que
des compressions budgétaires importantes seraient effectuées
à la station régionale de Moncton et que plusieurs émissions
régionales disparaîtraient du petit écran. Dix jours plus
tard, plus de 1 000 personnes descendaient dans les rues de
Moncton, à -20 degrés, pour dire non à cette décision de Radio-Canada
et dénoncer ce que plusieurs qualifiaient, à l'époque, de
tricherie de la part des dirigeants de la Société Radio-Canada.
Par la suite, lors d'un spectacle présenté
devant plus de 1 200 personnes et intitulé " Parler aux étoiles
", la communauté artistique acadienne lança un cri de désespoir
aux dirigeants de la Société Radio-Canada pour qu'on leur
redonne le droit de s'exprimer au petit écran. En réponse
à ce cri du cœur, la réaction de la direction nationale de
la Société Radio-Canada fut plutôt négative, alors que l'initiative
visant à marquer l'importance de la production en région et
à assurer que les budgets de la SRC ne soient amputés à nouveau.
Tout cela pour dire que nous avons souvent
l'impression de pas être écouté par nos institutions nationales
de communication, comme ce fut le cas lors des dernières audiences
du CRTC à Moncton.
Durant les dix dernières années, le paysage
audiovisuel de nos milieux a beaucoup changé. Les changements
technologiques offrent de nouvelles opportunités, mais aussi
de nouveaux défis. L'expérience de nos producteurs s'est accrue,
malgré les difficultés. Nous nous sommes donnés un réseau
de radios communautaires qui répond à nos besoins. Ces radios
sont citées en exemple partout au Canada et même en France,
en Communauté française de Belgique et en Afrique francophone,
comme l'exemple le plus concluant d'une démarche collective
réussie pour appuyer le développement d'une communauté en
leur permettant d'exprimer ses préoccupations, ses défis et
surtout ses rêves.
Cela dit, la Société des Acadiens et
Acadiennes du Nouveau-Brunswick (SAANB) est certainement anxieuse
de participer à la consultation que vous nous proposez et
de dire pourquoi nous avons qualifié le présent exercice "
D'audiences de la dernière chance ". Du même souffle, nous
sommes ici pour vous présenter une série de mesures qui, nous
croyons, vous permettront de corriger les inégalités et les
injustices dont sont victimes la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick
et l'ensemble des communautés francophones minoritaires du
pays.
Le CRTC devrait, suivant cette consultation,
être en mesure de définir clairement le cadre à l'intérieur
duquel se développeront les communications pour l'ensemble
des communautés de langue française vivant en milieu minoritaire
au Canada. Par ces audiences, le CRTC a la possibilité de
devenir non seulement un des acteurs les plus importants au
Canada en matière de promotion et de développement de la langue
et la culture française, mais de s'inscrire dans l'histoire
comme un champion des droits des minorités au pays.
La Loi sur la radiodiffusion demande
que le système canadien de radiodiffusion offre un service
public essentiel pour le maintien et la valorisation de l'identité
nationale et de la souveraineté culturelle. Cette même loi
dit que le système canadien de radiodiffusion devrait servir
à sauvegarder, enrichir et renforcer la structure culturelle,
politique, sociale et économique du Canada. En 2004, nous
célébrerons partout au Canada, le 400e anniversaire de la
fondation de l'Acadie et, par le fait même, les premiers pas
d'une grande aventure qui permît la fondation d'un pays que
l'on appellera le Canada. Comment expliquer qu'aujourd'hui,
près de 400 ans plus tard, nous sommes toujours à revendiquer
le respect de nos droits? C'est en partie l'essence même de
notre présence ici aujourd'hui.
Le présent exercice devrait concrètement
permettre à la communauté acadienne du Nouveau-Brunswick d'avoir
un accès accru à l'ensemble des services de télévision de
langue française disponibles sur le territoire canadien et
aussi nous donner droit à des services de qualité.
Le développement de la communauté acadienne
du Nouveau-Brunswick, tout comme celui des autres communautés
francophones du pays, est intimement lié au pouvoir que celles-ci
exercent sur le monde des communications. De tous les domaines
d'interventions sur lesquels agissent les organismes de revendications
des communautés acadienne et francophones du pays, celui des
communications est, sans contredit, le plus important qui
soit.
Le pouvoir d'attraction qu'ont actuellement
la télévision, la radio et le cinéma sur les populations en
général, n'a plus d'égal et tous reconnaissent qu'une société
n'a de chance de survivre, en ce début de nouveau millénaire,
que si elle a le pouvoir d'accéder au monde des communications.
La communauté acadienne du Nouveau-Brunswick ne fait certainement
pas exception à l'ensemble des peuples du monde et il serait
illusoire de croire qu'elle pourra, encore pour longtemps,
résister à l'envahissement grandissant de la culture américaine.
Des changements importants doivent être amorcés et effectués,
s'il n'est pas déjà trop tard, pour être en mesure de modifier
les courants actuels.
Actuellement, exception faite de la radio,
il est quasi impossible pour un Acadien ou une Acadienne du
Nouveau-Brunswick de se reconnaître à la télévision ou au
cinéma. La plupart des contenus que nous recevons et consommons
par l'entremise de la télévision et du cinéma est un miroir
de la culture américaine et, par surcroît, anglophone. Nous
pensons que le CRTC a le mandat de légiférer de façon à permettre
à tous les Canadiens et Canadiennes, anglophones comme francophones,
d'avoir des services de télévision et de radio de qualité
mettant en valeur toute la richesse des réalités canadiennes.
C'est pourquoi notre intervention et les propositions qui
l'accompagnent se penchent tout autant sur la question des
contenus des réseaux nationaux que sur l'accès à ces réseaux
nationaux. La situation est telle qu'aujourd'hui la plupart
des grands réseaux canadiens de langue française ont abdiqué
et ont relégué au rang de folklore l'ensemble des communautés
francophones et acadienne vivant en milieu minoritaire.(suite)
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