Mémoire
de la
Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick
présenté à la Comission provinciale de
délimitation des circonscription électorales pour la
province du Nouveau-Brunswick
La Société des Acadiens et
Acadiennes du Nouveau-Brunswick (SAANB) accorde la plus grande
importance aux travaux de votre Commission. Il en va de
l’intérêt de la communauté acadienne de cette
province. Fondée en 1973, la SAANB se veut le groupe de
représentation collective de l’Acadie du Nouveau-Brunswick
et est vouée au développement global de l’Acadie du
Nouveau-Brunswick. Notre organisme est là pour voir
à ce que les droits des Acadiens et des Acadiennes de cette
province soient respectés, pour que les régions
acadiennes puissent se développer, et pour que la
spécificité acadienne soit reconnue.
Notre
présence ici aujourd’hui s’inscrit dans le mandat
que je viens brièvement de vous présenter.
L’essentiel
de notre présentation portera sur le principe d’une
démocratie effective qui tient compte non seulement d’un
certain équilibre linguistique, mais aussi des
communautés d’intérêts et des
particularités des régions rurales, moins
densément peuplées. Il est loin d’être
certain qu’un écart de 10 % puisse, dans les faits,
respecter ce principe et donner une représentation effective des
régions rurales, particulièrement les régions
francophones.
Nous vous faisons part de
réflexions, qui bien qu’elles proviennent
d’instances fédérales, illustrent bien notre propos
et dont les conclusions peuvent, à notre avis, s’appliquer
à vos travaux. Prenant acte des graves entorses à
l’application de la Loi sur la révision des limites des
circonscriptions électorales lors de l’exercice de 1994,
le directeur général des élections du Canada,
monsieur Jean-Pierre Kingsley, organisait en mars 2002 à Ottawa
une conférence pour les présidents, les membres et les
secrétaires des commissions de délimitation des
circonscriptions électorales fédérales.
Le directeur général des
élections du Canada expliquait de la manière suivante aux
membres des commissions de délimitation le sens qu’il
fallait donner à la notion de droit de vote dans le cadre de la
démocratie canadienne.
La
démocratie canadienne accorde à tous les citoyens le
droit de participer au choix de leur représentant au Parlement.
Le droit de vote est un droit fondamental, fondé sur la valeur
intrinsèque de l’être humain, qui se traduit au pays
par le principe de « un électeur, un vote »,
un principe d’égalité consacré dans la
Loi électorale du Canada. En 1991, un jugement de la Cour
suprême a clarifié l’application de ce principe.
Ainsi, la véritable signification du droit de vote ne
réside pas dans l’égalité absolue du pouvoir
électoral, mais dans le droit à une représentation
effective. Ce sont ces principes qui guident
l’établissement des circonscriptions électorales.
Ce qui fait dire
au directeur général des élections que « la
révision ne se réduit pas simplement à un calcul
automatique ».
Il
s’agit aussi d’un geste qui commande un équilibre
délicat qui tient compte tout autant des intérêts
humains que des caractéristiques géographiques des
circonscriptions en cause. C’est pourquoi la Loi prévoit
que certains éléments devront être pris en
considération dans la détermination des limites des
circonscriptions : la communauté d’intérêts,
sa spécificité ou encore son évolution historique.
Lors de cette
même rencontre, ce dernier affirmait que « les
particularités géographiques, historiques, linguistiques,
sociales et culturelles devront être au centre de vos
préoccupations au moment de définir la communauté
d’intérêts justifiant le tracé des limites
des circonscriptions ».
Le
caractère unique du Nouveau-Brunswick, seule province
officiellement bilingue au pays et dont les communautés
francophone et anglophone sont reconnues comme étant
égales en vertu de la Constitution canadienne, justifie une
application rigoureuse de la notion de communauté
d’intérêts. Pour que cela soit, non seulement
faut-il respecter l’équilibre linguistique, mais
également l’équilibre géographique de la
province.
La Cour
suprême du Canada dans son renvoi sur la sécession du
Québec constatait que les quatre principes constitutionnels
fondamentaux et le respect des droits des minorités avaient
inspiré et nourri le texte de la Constitution canadienne au
cours des années. Selon la Cour, « le souci de nos
tribunaux et de nos gouvernements de protéger les
minorités a été notoire ces dernières
années, surtout depuis l’adoption de la Charte ».
Comme nous vous
l’avons expliquer, la communauté acadienne pourrait
doublement être affectée par une révision trop
mathématique de la carte électorale et la seule
manière de rectifier le tire serait de faire appel aux tribunaux
qui se sont montrés sensibles au principe d’une
démocratie effective qui respecte les communautés
d’intérêts et les communautés linguistiques.
Nous vous demandons donc de tenir compte de ces réflexions
lorsque vous prendrez les décisions concernant le nouveau
découpage des circonscriptions électorales du
Nouveau-Brunswick.