Identité
et diversité
présenté
par la
Société des Acadiens et Acadiennes du
Nouveau-Brunswick
au ministère de l'Éducation
le 23 mars 2007
L’excellence
en
éducation et la quête de
l’autosuffisance sont deux objectifs qui obligent les
Acadiens et francophones à revoir leurs façons de
préparer l’avenir.
La société acadienne change; elle est plus
ouverte
sur le monde et des personnes de différents horizons se
joignent à elle. Le
but de ce
court mémoire est d’inviter le
ministère de l’Éducation à
tenir compte d’une
identité acadienne inclusive et ouverte sur le monde.
Mise
en contexte
La
société
acadienne est à la fois une
communauté d’histoire et une communauté
de destin.
Ouverte sur le monde, l’Acadie se veut aussi une terre
d’accueil.
Le débat actuel sur la place du peuple acadien
dans la francophonie et celle des francophones dans la
société acadienne est
motivé par ce questionnement identitaire.
D’une
part,
l’Acadie a sa place dans la francophonie internationale; le
Sommet de la
francophonie à Moncton en 1999 en a assuré la
légitimité aux yeux du monde.
Au Nouveau-Brunswick, en particulier, les
institutions en sont les garantes et les lois protègent le
statut de sa langue. On
ne doute plus de la vitalité culturelle de
l’Acadie et la défense du français
gagne du terrain auprès des gouvernements et
des entreprises.
D’autre
part, l’assimilation, la fragilité
démographique, le besoin d’expertises nouvelles
motivent notre besoin
d’accueillir et d’intégrer
d’autres francophones au projet d’une
société
acadienne qui grandit et veut assurer sa pérennité.
Nous avons besoin des autres pour consolider notre langue et
élargir notre
communauté.
Nous avons aussi besoin
que les autres nous aident à nous ouvrir sur le monde, sur
d’autres cultures
qui partagent avec nous une langue commune.
Peu
importe leur
origine, les immigrants et immigrantes qui ont
intégré l’Acadie au cours de son
évolution font partie de cette communauté
d’histoire et de destin.
En sommes-nous conscients?
Le nombre
d’immigrants s’accroît, leurs origines
ethniques se diversifient, leurs enfants
commencent à fréquenter en grand nombre certaines
de nos écoles.
Ce
phénomène
commence à se généraliser et on peut
s’attendre à ce que les relations
interculturelles fassent partie de la nouvelle pédagogie
à laquelle les
enseignants et les directions des écoles devront commencer
à recourir pour
répondre aux nouvelles exigences du milieu scolaire acadien.
Identité
et diversité culturelle
L’Acadie
est
à
la croisée des chemins, à un point tournant de
son évolution; elle se veut une société
de langue française … moderne, viable, autonome,
démocratique, pluraliste et
diversifiée (extrait,
document de préparation à la Convention 2004).
Le
ministère
de l’Éducation, notamment sa
section francophone, a la lourde tâche et la grande
responsabilité de former
notre jeunesse, la relève de demain.
Or, l’histoire du Canada, obligatoirement
enseignée en 11e
année,
consacre un module à l’histoire de
l’Acadie, mais ne traite pas de l’Acadie
d’aujourd’hui.
Depuis quelques
années, des cours sur l’Acadie ont
été intégrés au programme
d’histoire de la
12e
année.
Malheureusement, ces cours sont optionnels et ne reflètent
pas l’histoire de
l’Acadie moderne.
En
2007,
l’identité acadienne et francophone
ne peut se réduire à l’apprentissage et
au bon usage de la langue française ou
à l’enseignement théorique de notre
histoire ancienne.
Une semaine de la fierté française dans les
écoles, c’est très bien, mais cela
ne suffit pas.
Par
ailleurs, il existe
actuellement un
programme de sciences humaines, approuvé par la province,
qui enseigne aux
jeunes de la 1re
à la 6e
année comment recevoir les
nouveaux arrivants dans les écoles.
De la 7e
à la 12e
année, on en parle beaucoup moins.
Il est urgent de combler cette lacune.
Changments
d'approche
Dans
un premier temps,
il est impératif que
le ministère de l’Éducation rende
obligatoire les cours d’histoire de l’Acadie,
ouverte et inclusive, et que le comité des programmes veille
à en actualiser
son contenu.
Puisque la société
acadienne change, est plus ouverte sur le monde et que des personnes de
différents horizons se joignent à elle, les cours
d’histoires de l’Acadie
doivent
refléter
cette nouvelle réalité.
De
plus, à
l’heure actuelle, l’histoire de
l’Acadie n’est que l’un des modules du
cours d’histoire du Canada.
Or, il arrive souvent que l’enseignant ne puisse
voir le programme prévu en entier.
C’est donc l’histoire acadienne qui fait
l’objet d’une impasse lors des examens
de fin d’année, ce qui n’est plus
acceptable pour la communauté acadienne.
Le
Ministère
et le comité des programmes
doivent également développer un guide
à l’usage des enseignants de sciences
humaines, afin de les aider à intégrer, de la 1re
à la 12e
année, l’histoire et les réussites
quotidiennes de l’Acadie moderne.
Ce n’est qu’à ce prix qu’il
contribuera à
renforcer la fierté et l’identité
acadienne.
Dans
un autre ordre
d’idées, comme nous
l’avons signalé plus haut, et grâce aux
efforts concertés du gouvernement
provincial et du gouvernement fédéral, le nombre
d’immigrants s’accroît, leurs origines
ethniques se diversifient et leurs
enfants commencent à fréquenter en grand nombre
certaines de nos écoles. Cette
situation entraîne au sein des communautés
scolaires certaines difficultés,
d’ordres pédagogique ou relationnel.
Le Ministère doit donc s’engager plus activement
dans le processus de
sensibilisation aux questions de la communauté
internationale, que ce soit pour
les
enseignants, les élèves issus de
l’immigration et leurs parents ou pour les jeunes acadiens et
acadiennes.
Sans
une intervention planifiée du Ministère en ce qui
concerne l’ouverture au
multiculturalisme, nous risquons d’être rapidement
confrontés aux problèmes que
connaissent d’autres pays et plusieurs provinces canadiennes,
soit
l’intolérance, les accommodements
« raisonnables ou non » et
par-dessus tout, l’échec scolaire.
Autant de situations qui compromettent les politiques gouvernementales
visant
l’accueil, l’intégration et la
rétention des nouveaux arrivants au sein de la
communauté acadienne et francophone.
Dans le Sud-est de la province, le district scolaire francophone 01
(Fredericton, Moncton, St-Jean)
reçoit
déjà plus de 80 jeunes immigrants et cette
tendance ne pourra que se poursuivre.
Confronté
pour la première fois aux nombreux
défis que suppose l’intégration
académique, culturelle et sociale de ces
élèves
d’origines très diverses, le district, en
partenariat avec plusieurs
intervenants communautaires en immigration, fait de nombreux efforts
pour
sensibiliser le personnel des écoles et l’ensemble
des élèves aux besoins et
aux réalités des familles immigrantes.
Pour pallier aux manques de formation au multiculturalisme des
enseignants, il
a aussi pris l’initiative de préparer un guide
d’information et d’intervention
à leur intention.
À
la
Société des Acadiens et Acadiennes du
Nouveau-Brunswick, nous croyons fermement que le Ministère
doit mettre en
place, dans les plus brefs délais, une politique
d’intégration dans les écoles,
afin d’orienter et de soutenir humainement et
financièrement les efforts du
personnel enseignant.
Il
nous
apparaît également que
l’éducation au
multiculturalisme devrait faire partie de la formation
donnée aux futurs
enseignants par l’université, ce qui
nécessite une reconfiguration des
programmes de formation postsecondaire.
Enfin,
puisque les deux
paliers de
gouvernement semblent vouloir travailler à augmenter le
nombre d’immigrants en
milieu minoritaire, la communauté acadienne doit pouvoir
accueillir dans ses
écoles les immigrants qui ne parlent aucune des deux langues
officielles, mais
qui choisissent d’apprendre notre langue et
découvrir la culture acadienne et
francophone.
Le réseau anglophone
des écoles du Nouveau-Brunswick est
déjà préparé à
cette éventualité, pour ceux
qui souhaitent apprendre leur langue.
Le ministère de l’Éducation a le devoir
de se préparer à répondre
adéquatement
à cette demande.
C’est d’autant plus
important si nous voulons maintenir le fragile équilibre
démographique entre
nos deux communautés de langue officielle dans la province.
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