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Les effets des transformations du gouvernement sur le programme des langues officielles du Canada
Ottawa, le 26 juin 1998 -
Introduction
Le dernier rapport du Commissaire aux langues officielles
du Canada confirme les préoccupations de la Société des Acadiens
et Acadiennes du Nouveau-Brunswick (SAANB) qui déplore le
désengagement du gouvernement fédéral envers ses obligations
à promouvoir les langues officielles.
Étudiant les effets des transformations
du gouvernement sur le programme des langues officielles du
Canada, le Commissaire conclut à «une érosion subtile mais
cumulative des droits linguistiques». Le Commissaire note
du même souffle que la transformation du gouvernement fédéral
«a affaibli le programme des langues officielles» au sein
de ladministration fédérale.
Le désengagement fédéral
Le désengagement du gouvernement fédéral
se traduit notamment par le sous-financement des organismes
de défense et de promotion des droits de la communauté acadienne.
Loin dêtre une activité caritative
de la part dOttawa, le financement des organismes de
promotion des communautés de langues officielles fait partie
des initiatives de promotion de lunité nationale. Comment
convaincre les Québécois et les Québécoises des bienfaits
de la fédération canadienne sur lépanouissement de leur
langue et de leur culture sils assistent à la rapide
érosion de nos communautés de langue française?
La Société des Acadiens et Acadiennes
du Nouveau-Brunswick traverse une situation financière délicate
en raison dun manque de financement pour sa programmation
de base. Dans les circonstances, la SAANB a de plus en plus
de difficulté à poursuivre la mise en oeuvre de sa mission.
La communauté acadienne du Nouveau-Brunswick
nest pas en reste dans ce sombre tableau. Alors que
les Acadiens représentent le quart de la population canadienne
de langue française hors Québec, ils ne reçoivent que 9 pour
100 des ententes Canada-communautés pour le soutien aux organismes
et institutions des communautés de langues officielles. Cest
donc tout le monde associatif acadien qui est touché par cette
hémorragie financière sur laquelle on ferme les yeux. Bien
sûr, on avancera que la communauté reçoit des fonds en fonction
de ses besoins et que lAcadie est déjà très avancée.
Mais sagit-il dun motif valable pour priver lAcadie
de son potentiel de progrès et lempêcher dassurer
son développement?
La diminution chronique du financement
de base de la SAANB survient alors que la communauté acadienne
sollicite de plus en plus notre organisme. La SAANB intervient
dans la réforme en éducation, le financement des études postsecondaires,
le découpage de la carte électorale fédérale, les services
de santé, la promotion du français dans laffichage,
le développement économique des régions acadiennes, lexode
des jeunes, la câblodistribution en français, le Sommet de
la Francophonie en Acadie, etc.
La situation difficile que connaît la
SAANB et le monde associatif acadien du Nouveau-Brunswick
témoigne avec éloquence de ce désengagement du fédéral que
dénonce avec vigueur le Commissaire aux langues officielles
du Canada. La SAANB sait que le fédéral a pourtant les moyens
de corriger la situation. Le fédéral a déjà démontré avec
justesse sa capacité à rétablir les finances dorganismes
divers, tel le Conseil des arts du Canada, les sports amateurs,
etc. Le temps nest-il pas venu pour Ottawa daffirmer
sa volonté et son courage à promouvoir de la francophonie
au pays?
La privatisation des services fédéraux
La privatisation des services fédéraux
porte un coup sérieux à la visibilité du Canada dans nos communautés
et se traduit par un appauvrissement des services dans les
deux langues officielles.
La perte des bureaux de poste dans les
petites communautés et la privatisation des services aéroportuaires
sont autant dexemples à porter au déficit de la promotion
des langues officielles. Ainsi, le Nouveau-Brunswick a essuyé
une importante diminution du nombre de points de services
fédéraux désignés bilingues, entre 1994 et 1997. Le déficit
est proportionnellement plus important pour les francophones,
car si la diminution totale des points de services totalisait
15,4 pour cent pour la province, la réduction atteignait 18,7
pour cent pour les bureaux désignés bilingues. Au niveau des
services aéroportuaires, la privatisation pose des difficultés
avec la langue de services, en particulier dans les billetteries
et la restauration.
Le dévolution des pouvoirs
La dévolution des pouvoirs vers les provinces
pose un sérieux défi au gouvernement fédéral lorsquil
sagit dhonorer ses obligations en matière de promotion
des langues officielles. À cet effet, larticle 41 de
la Loi sur les langues officielles décrit avec éloquence les
obligations du fédéral :
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41. Le gouvernement fédéral sengage
à favoriser lépanouissement des minorités francophones
et anglophones du Canada et à appuyer leur développement,
ainsi quà promouvoir la pleine reconnaissance et
lusage du français et de langlais dans la
société canadienne. |
Pourtant, la conclusion de lentente
sur le développement du marché du travail, en 1996, a pris
tout à fait lallure dune entreprise de désengagement
de létat fédéral. Lentente ne prévoit en effet
aucune clause relative au droit de travailler en français,
disposition comprise dans la Partie V de la Loi sur les langues
officielles du Canada. Eux qui étaient auparavant assurés
de pouvoir travailler dans la langue de leur choix, les fonctionnaires
fédéraux transférés sous la juridiction provinciale se retrouvent
subitement dans un désert législatif. Car en dépit des demandes
incessantes de la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick,
le gouvernement provincial refuse toujours damender
sa Loi sur les langues officielles afin dy inclure
ce droit.
La SAANB a déjà fait connaître au fédéral ses préoccupations
à la suite de la conclusion de lentente. La SAANB a
écrit au président du Conseil du Trésor, monsieur Marcel Massé,
pour lui faire part de ses préoccupations relativement à loffre
active de services en français et au droit de travailler en
français, deux grandes absentes de lentente. Peut-être
doit-on attribuer une telle lacune au fait quon nait
pas cru bon de consulter la communauté acadienne au moment
de fixer les paramètres de lentente. Le cas échéant,
les Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick auraient rapidement
fait savoir au fédéral que le Nouveau-Brunswick considère
lusage du français comme un privilège et non un droit.
Or, ce privilège se traduit par une anglicisation certaine
de la fonction publique, comme le démontre une étude commandée
par le gouvernement du Nouveau-Brunswick en 1996. Intitulée
«Gouvernement du Nouveau-Brunswick, Hello!», létude
sur lefficacité de la politique linguistique au Nouveau-Brunswick
révèle que si les fonctionnaires anglophones lisent et écrivent
en anglais entre 96 et 98 pour cent du temps, leurs collègues
francophones doivent se contenter dune moyenne comprise
entre 40 et 51 pour 100 du temps. Pas étonnant alors que près
dun francophone sur cinq (19 pour cent) dit avoir perdu
des aptitudes dans sa langue première et quil choisirait
langlais comme langue de travail sil en avait
loccasion. En clair, la fonction publique néo-brunswickoise
est un milieu hautement assimilateur.
La dévolution de pouvoirs est à nen pas douter une réponse
progressiste à la nouvelle réalité politique canadienne. Mais
elle pose en même temps tout le problème dimputabilité
du gouvernement fédéral en matière de promotion des langues
officielles. Voilà pourquoi nous recommandons létablissement
dun mécanisme dencadrement des ententes de dévolution
afin de consulter la communauté de langue minoritaire, identifier
les règles à suivre pour tous les ministères, leurs modalités
de mise en oeuvre, de même quun processus de recours.
Pour ce qui est des ententes déjà conclues, on ne peut passer
outre aux infractions qui ont été commises à la Loi sur
les langues officielles. Nous recommandons donc que ces
ententes soient rouvertes et que des mesures correctives soient
apportées pour les rendre conformes à la Loi sur les langues
officielles. Le gouvernement fédéral doit agir rapidement
et ne pas chercher à nous épuiser en poursuites judiciaires
coûteuses.
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Recommandations
Afin dassurer le respect des obligations fédérales
en matière de promotion des langues officielles lors
de la dévolution de pouvoirs :
Que le fédéral mette en place un mécanisme dencadrement
des ententes de dévolution afin de consulter la communauté
de langue minoritaire, identifier les règles à suivre
pour tous les ministères, leurs modalités de mise en
oeuvre, de même quun processus de recours.
Que les ententes existantes soient rouvertes afin
dy apporter les mesures correctrices pour les
rendre conformes aux dispositions de la Loi sur
les langues officielles.
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Conclusion
Porte-parole du mouvement associatif
acadien, la Société des Acadiens et Acadiennes du Nouveau-Brunswick
invite le gouvernement fédéral à faire preuve de clairvoyance
sur limpact de ses transformations sur le développement
des communautés minoritaires de langue officielle.
Au cours des dernières années, nous avons
assisté à un désengagement certain du gouvernement fédéral
qui se fait de plus en plus prier pour honorer ses obligations
de promotion des communautés de langues officielles. Ce désengagement
sopère notamment lors de la privatisation de services
publics et la conclusion dententes sur la dévolution
de pouvoirs. De plus, le sous-financement de notre organisme
et du monde associatif acadien nous fait porter seuls à bout
de bras la promotion et de défense de notre communauté.
La SAANB rappelle au gouvernement fédéral
ses obligations en vertu de la Loi sur les langues officielles.
Nous lexhortons à se faire un devoir de promouvoir et
protéger notre communauté de langue officielle dans lexerce
de chacun des ministères fédéraux.
Annexes
Correspondance
La SAANB à lhonorable Marcel Massé,
le 5 mars 1997
Lhonorable Marcel Massé à la SAANB,
le 2 mai 1997
Lhonorable Pierre S. Pettigrew
à la SAANB, le 9 juin 1997
Document
Gouvernement du Nouveau-Brunswick,
Hello!, Une étude de lefficacité de la politique
linguistique du Nouveau-Brunswick, pp. 34-38

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