| |
Présentation de la SAANB devant
le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications
canadiennes
Objet : Audience publique
CRTC 1998-1, Demande 1997090375
Présentation de Monsieur Ronald Brun,
président de la Société des Acadiens et Acadiennes
du Nouveau-Brunswick (SAANB) devant le Conseil de la radiodiffusion
et des télécommunications canadiennes
(CRTC) relativement à la demande de la New Brunswick Telephone
Company Limited (NBTel)
le 30 mars 1998
Madame la présidente du CRTC
Mesdames, Messieurs les commissaires
Madame, Monsieur,
Bonjour,
Permettez-moi tout dabord de remercier sincèrement le
Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications
canadiennes (CRTC) pour loccasion qui nous est offerte de
présenter le point de vue de la Société des Acadiens et
Acadiennes du Nouveau-Brunswick relativement à la demande de la
NBTel pour létablissement dun service de
télévision par câble.
- La SAANB compte 20 000 membres et elle est un organisme
de promotion et de défense des droits des Acadiens et
Acadiennes de la province. Notre organisme est présent
dans toutes les régions acadiennes du Nouveau-Brunswick,
que ce soit dans les régions rurales que dans les zones
urbaines. Nous comprenons donc bien la dynamique de
lensemble de la province. Cest avec une
vision globale que nous abordons tous les sujets qui
intéressent de près les Acadiens et Acadiennes, en
particulier les communications.
- Soulignons tout de suite que les Acadiens disposent
dun statut particulier au Nouveau-Brunswick et au
Canada. Le Nouveau-Brunswick est la seule province où le
français et langlais font office de langues
officielles. Les Acadiens disposent des garanties
législatives favorisant leur développement dans un
contexte dualiste où est assurée leur égalité de
droits et de privilèges avec la communauté anglophone.
En outre, la Loi 88 portant sur légalité des deux
communautés linguistiques de la province garantit le
droit à des institutions homogènes en matière
déducation et de culture. Ce droit est repris sur
la scène nationale dans larticle 16.1 de la Charte
des droits et libertés. Bien sûr, la responsabilité de
veiller à la promotion de ces droits revient à la
législature du Nouveau-Brunswick. Mais puisque la
télévision et la radiodiffusion sont de compétence
fédérale, le moins à quoi lon puisse
sattendre cest que ce pallier de gouvernement
nentre pas en contradiction avec lautre. Cela
est dautant plus important que le fédéral a
lui-même le devoir de promouvoir la dualité
linguistique canadienne en vertu des dispositions de la
Loi sur les langues officielles fédérale.
Larticle 41 de la loi engage le gouvernement
fédéral «à favoriser lépanouissement des
minorités francophones et anglophones du Canada et à
appuyer leur développement, ainsi quà promouvoir
la pleine reconnaissance et lusage du français et
de langlais dans la société canadienne». Cet
engagement doit se réaliser dans les faits par
lensemble des agences du gouvernement dont le CRTC
fait évidemment partie.
- Mesdames, Messieurs les commissaires, nous croyons que
ces précisions méritent dêtre apportées à
votre attention, car personne nest mieux placé que
vous pour estimer limpact des télécommunications
sur la culture de notre pays et de nos communautés de
langue française.
- Ainsi, alors que certains voudraient voir le conseil
laisser libre-cours au marché dans une économie
laissée à elle-même, la SAANB souhaite au contraire
que le CRTC assume pleinement son rôle de défenseur des
intérêts nationaux, notamment la dualité canadienne.
Face à ce vent de déréglementation qui frappe de plus
en plus fort, comme nous le rappelle sinistrement
lAccord multilatéral sur les investissements
(AMI), les communautés de langues officielles du Canada
attendent du CRTC quil serve de barrière aux
atteintes à nos droits, au Canada et ici même, au
Nouveau-Brunswick.
- La demande de NBTel pour létablissement dun
nouveau service de câblodistribution au
Nouveau-Brunswick vient relancer tout le problème de
responsabilités en matière de promotion et de défense
de lidentité culturelle du Canada et du
Nouveau-Brunswick. Nous tenons à dire immédiatement que
cette responsabilité remonte directement au CRTC qui
doit veiller au respect des lois fédérales et des
valeurs canadiennes. Ces valeurs se manifestent dans un
Canada qui accueillera, lannée prochaine, le
Sommet de la francophonie, cest-à-dire un pays où
les Acadiens sont des citoyens à promouvoir et à
protéger, particulièrement sur le plan culturel. Et
personne ne peut ignorer limpact sérieux des
nouvelles technologies de communication et de la bonne
vieille télévision sur lidentité culturelle
dun peuple.
- Pour éviter que la télévision par câble ou par
satellite soit encore lun des plus grands
responsables de lassimilation des jeunes
francophones en Acadie, assimilation dont la
moyenne est passée de 8,1 % en 1991 à près de 10 pour
100 en 1996 la SAANB a élaboré, en 1995, une
politique de câblodistribution. Il me fait plaisir de
vous résumer brièvement cette politique qui, je
lespère, vous permettra de jeter un nouvel
éclairage sur la demande de NBTel comme sur toute autre
demande que vous aurez à juger éventuellement.
- La SAANB a élaboré sa politique de câblodistribution
comme une liste minimum de canaux à offrir sur le
service de base. Cette politique tient compte de la
distribution des francophones sur le territoire du
Nouveau-Brunswick et prend en note la réalité
particulière des régions à forte densité acadienne et
celles où les francophones sont nettement moins
nombreux.
- Dans les régions de type A, ou majoritairement
francophones (80 pour 100 de francophones), le service de
base dun diffuseur doit comporter une majorité de
canaux en français. Dans une région mixte (20 à 79
pour 100 de francophones), le service de base doit
comporter un nombre égal de canaux français et anglais.
Le troisième et dernier type concerne les zones où se
trouve moins de 19 pour 100 de francophones et où le
service de base doit compter au moins six canaux
français.
- Permettez-moi de rappeler quà la lumière de cette
politique, en 1995, le CRTC avait accueilli favorablement
les préoccupations de la SAANB dans sa décision 95-330.
La SAANB faisait alors valoir que la programmation de
langue française du requérant, en loccurrence
Fundy Cable Ltd (devenue depuis Fundy Communication),
posait problème en ce que loffre de canaux en
français était en nombre nettement insuffisant. Nous
parlions, bien entendu, des canaux offerts sur le service
de base, et non des bouquets de canaux spécialisés.
- Vous constaterez aisément, Mesdames, Messieurs, que la
demande soumise par NBTel comporte de graves lacunes en
matière de programmation française. Le service de base
est déséquilibré puisquil comporte une
proportion de six canaux français pour neuf canaux
anglais. Neuf canaux anglais, dont cinq canaux
américains, et il ny aurait pas la place pour les
canaux canadiens de langue française que sont Musique
Plus, Canal Famille, Canal D et Météo Média !
- La stratégie de NBTel doffrir un service de base
élagué jusquau tronc, et par conséquent moins
coûteux, aura des répercussions immédiates sur la
concurrence. La SAANB redoute cette stratégie qui
incitera la concurrence à faire de même,
cest-à-dire à offrir un service de base réduit
au minimum et à regrouper les canaux français
thématiques, tels Musique Plus et Canal Famille, dans un
bouquet. Nous ressentons dailleurs déjà la
pression qui sexerce sur la programmation
francophone. Comment un câblodistributeur serait-il
tenté daccroître le nombre de canaux français
sur son service de base si un nouveau joueur promet de
faire moins, et ce avec lassentiment du CRTC ?
Cette logique de rentabilité à tout crin menace donc à
très court terme la programmation française.
- Lautre préoccupation majeure de la SAANB
relativement à cette demande concerne le canal
communautaire bilingue que se propose doffrir
NBTel. Le choix dun canal bilingue, au
Nouveau-Brunswick, relève de la pure aberration quand on
connaît les ravages dun environnement bilingue
chez les jeunes. Nest-ce dailleurs pas
pourquoi la Charte canadienne des droits et libertés
stipule dans son article 23 que les communautés de
langue officielle doivent avoir leurs propres écoles? Et
qui ne connaît pas encore la formidable influence de la
télévision chez les jeunes, une influence probablement
plus forte que lécole elle-même. Cette décision
de NBTel est dautant plus surprenante que cette
même entreprise applique déjà la dualité linguistique
dans son service de facturation téléphonique. Et si
NBTel a choisi doffrir une facturation selon la
langue du client, cest bien parce quelle a
compris que cest ce qui pose le moins de
frustrations à la clientèle. Avec son expérience en
matière de facturation du service de téléphone, NBTel
est franchement mal avisée de proposer un canal
communautaire bilingue et ce, peu importe toute la
quincaillerie technologique quon voudrait bien y
mettre.
- De même que le CRTC nautoriserait jamais une
licence de permis pour une radio communautaire qui ne
bénéficie pas de lappui de la communauté, le
CRTC doit condamner la mise en service dun canal
communautaire bilingue en insistant pour que NBTel offre
un service dualiste. La décision relative à la
présente demande, qui concerne dans un premier temps les
villes de Saint-Jean, Frédéricton et Moncton, créera
un précédent dont les impacts se feront sentir au-delà
du territoire immédiat puisque NBTel se propose
détendre son service ailleurs dans la province. Ce
retour au bilinguisme dans une province qui reconnaît
les vertus de la dualité linguistique est tout
simplement inadmissible et doit être condamné de la
manière la plus vive. Il serait trop facile de
prétendre avoir une conscience sociale comme entreprise
et refuser de mettre en service une télévision
communautaire dualiste sur tout le territoire, peu
importe la proportion de francophones présents. Et
quon ne vienne pas nous dire, par exemple, que la
télévision communautaire bilingue offrira tout au moins
un début de service en français dans les villes de
Saint-Jean et Frédéricton, tandis quune seule
télévision communautaire de langue anglaise ne leur
rendrait pas davantage service. La langue de la
télévision est importante et un service de qualité en
français à Caraquet est aussi bon à Saint-Jean. Nous
nattendons rien de moins de la part de NBTel
quelle fasse leffort de reconnaître la
dualité linguistique canadienne et néo-brunswickoise en
sengageant immédiatement à mettre sur pied non
pas une, mais deux télévisions communautaires pour
chacune des deux communautés linguistiques officielles.
- Des années de discussions avec les diffuseurs nous ont
appris quelques-unes des stratégies qui expliquent un
paysage télévisuel où le français est relégué au
dernier rang. Je signale au passage lalignement des
canaux français au-delà du 13 qui pose des difficultés
aux abonnés qui ne disposent pas dun
câblosélecteur adéquat. Mais je songe avant tout à
largument technique qui nous est servi pour
expliquer labsence de service en français ou la
pauvreté de ceux-ci : on avance quil est
impossible doffrir tel service en français
puisquil ny a plus de place sur le réseau.
Cet argument tombe bien sûr vite à plat lorsque le
même diffuseur trouve plus tard suffisamment
despace pour placer de nouveaux canaux... anglais,
cette fois encore. Cest ainsi, par exemple, que bon
nombre dAcadiens sont privés de la chaîne Canal
D, de Musique Plus, de Canal Famille, du service CPAC en
français, dune chaîne communautaire en français,
et que dautres, encore, attendent toujours de
recevoir le Réseau de linformation ( RDI ).
- Lautre argument avancé par les diffuseurs est
celui à première vue implacable des études
de marché. Les Acadiens, nous dit-on, ne veulent pas
recevoir davantage de canaux en français. Sans même
avoir pu constater la programmation des chaînes
francophones, sans même avoir jamais fréquenté un
service, évalué un produit, le consommateur le
rejetterait du revers de la main ! Nous rejetons à notre
tour cet argument pour deux raisons. Dabord, si les
Acadiens ne veulent effectivement pas plus de canaux,
cest peut-être le résultat dune
programmation télévisuelle déséquilibrée qui a
déjà trop duré. Exposer ainsi nimporte quels
jeunes enfants de quelque origine culturelle que ce soit
à une programmation culturelle majoritairement
anglophone, sinon américaine, et venez ensuite leur
demander ce quils préfèrent... Ensuite, Mesdames,
Messieurs les commissaires, vous conviendrez avec nous
que la logique consistant à déterminer loffre de
canaux français simplement en fonction de la demande ne
tient pas la route lorsquil sagit de respect
ses obligations en matière de promotion et de défense
de lidentité culturelle canadienne. On est en
droit de sattendre à plus de la part
dentreprises de diffusion responsables, et
certainement encore davantage de la part du CRTC qui les
régit.
- Mesdames, Messieurs les commissaires, vous comprendrez la
lourde responsabilité des diffuseurs en matière
dassimilation des jeunes Acadiens. Et toutes les
lois sur les langues officielles, tous les articles de la
Charte pèsent bien peu dans la balance si le CRTC
autorise des licences qui vont à leur encontre.
Lorsquils se présentent devant vous, les
diffuseurs du Nouveau-Brunswick doivent savoir
quils ont affaire à une agence fédérale guidée
dans ses décisions par les exigences fédérales en
matière de protection et de promotion des minorités de
langues officielles.
- Lerreur si souvent commise de sen remettre à
la bonne foi des entreprises de câble pour
sautodiscipliner ne doit plus être répétée.
Plutôt que de saméliorer, la situation ne fait
que se détériorer, alimentée par une
déréglementation aberrante. En labsence de
directives explicites et exécutoires de la part du CRTC,
les diffuseurs adoptent une rationnelle qui sest
prouvée hautement dommageable pour la communauté
acadienne du Nouveau-Brunswick.
- Cest pourquoi, Mesdames, Messieurs les
commissaires, je vous demande de renvoyer NBTel à sa
copie ou démettre des exigences très claires en
ce qui a trait au nombre de canaux francophones
disponibles sur le service de base et la langue de la
télévision communautaire. La télévision peut être un
instrument de développement, mais si elle opère sans
conscience sociale, insouciante de son milieu culturel,
alors elle risque de causer des tords irréparables.
Avant de permettre lentrée de ce nouveau joueur,
le CRTC, doit sassurer que les Acadiens et
Acadiennes ne feront pas les frais de la
déréglementation.
Ronald Brun
président de la SAANB
Annexes
Veuillez trouver en annexe les documents ou extraits des
documents suivants :
Charte canadienne des droits et libertés
Loi sur les langues officielles du Canada
Loi sur légalité des deux communautés linguistiques du
Nouveau-Brunswick
Profil sociolangagier des Acadiens et francophones du
Nouveau-Brunswick
|